Aéromaritime - Amicale de l'UTA

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Aéromaritime

1929 - 1945
Résumé des articles parus dans les numéros 94 et 95 de l’Echo

Les Chargeurs Réunis, dès 1929, étudiaient les possibilités de doubler leurs lignes maritimes de l'Atlantique sud et de l'Afrique par des lignes aériennes, soit en créant leur propre compagnie, soit par le biais d'une association avec une compagnie existante.
Sous l'impulsion de Léon Cyprien Fabre, les Chargeurs Réunis fondèrent, avec d'autres entreprises, une société au nom symbola «Société pour le développement de l'aviacommerciale en France». Il fallait à cette époque beaucoup d'audace pour songer à exploiter un mode de transport lourd de risques.
Les Chargeurs Réunis sont conduits à s'intéresser à l’Aéropostale, sans succès, dont les difficultés financières et les attaques politiques du gouvernement français mettent en difficulté son exploitation.
Les Chargeurs, après la faillite de l'Aéropostale, participent aux nombreuses négociations menées par des gouvernements incapables de décider, mais qui vont mener, le 30 août 1933, à la création d’Air France. Les Chargeurs ne participeront pas à son capital, capital finalement réparti entre Air Orient, Air Union, Cidna et SGTA.
Après cette tentative, les Chargeurs Réunis qui entendent toujours se doter d'un service aérien vers l'Afrique mais aussi en France, s'associent à une initiade Beppo de Massimi, vice-président de Latécoère, visant à doter la France d'un réseau aérien de lignes postales intérieures de Paris vers les principales villes de province.
Air Bleu est chargé d’exploiter ce réseau postal métropolitain, non subventionné, dont les Chargeurs Réunis souscrivent 25 % du capital.
Le 10 juillet 1935 le premier Caudron Simoun transportant 42,41 kg de courrier décolle du Bourget. Six Caudron Simoun desservent quotidiennement à partir de Paris, Lille, Le Havre, Bordeaux, Strasbourg, Toulouse, Nantes, Mont-de-Marsan, Pau, Perpignan, Clermont-Ferrand, Saint Etienne, Lyon, Grenoble.
Puis les Chargeurs Réunis vont consacrer leur principal effort à la création d’une ligne aérienne entre Dakar et Pointe Noire, touchant les princiports de la côte qui bénéde la puissante organisation technique, commerciale et administrative de la compagnie maritime.
De nombreuses missions pendant toute l’année 1934 reconnaissent l'immense territoire compris entre Dakar et Pointe Noire, que personne n'a jusqu'alors desservi. La prospection des terrains se révèle particulièrement difficile, d’autant que la ligne envisagée survole les forêts équatoriales, des régions vastes où brumes, orages et tornades sont fréquents. Il apparaît qu'une des solutions les plus économiques consiste en l'aménagement de plans d'eau existants, susceptibles d'accueillir les hydravions.
Une Convention est passée le 23 mars 1935 avec le ministre de l'Air et le ministre des PTT par laquelle les Chargeurs Réunis s'engagent à réaliser une liaison hebdomadaire dans les deux sens entre Dakar et Brazzaville avec escales à Conakry, Abidjan, Lomé, Cotonou, Douala, Port Gentil, et Pointe Noire. La durée du voyage aller-retour ne devra pas excéder 5 jours. La compagnie assurera à Dakar la correspondance avec Air France vers l'Amérique du Sud et vers le Maroc et la France. Aucune subvention n'est allouée par l'État aux exploitants, mais l’État se charge de l'infrastructure et de la météorologie.
C'est ainsi que naquit l'Aéromaritime dont le nom symbolise à la fois l'origine et la volonté de ses créateurs, les Chargeurs Réunis.
La compagnie décide d'ouvrir le 7 juillet 1935 une ligne joignant Cotonou à Niamey, répondant aux voeux du Commandant Dagnaux, pour relier l’Aéromaritime à Air Afrique. Ce sont deux monomoteurs Caudron «Pélican» de quatre places, qui inaugure cette ligne, avec le Cessna 172 de l’époque! Ces avions furent heureusement remplacés par des bimoteurs Caudron «Goéland».

Comme il n'existe pas en France à l'époque d'appareils amphibies de la capacité et de la puissance requises pour le transport du fret, de la poste et des passagers, les Chargeurs Réunis commande aux États-Unis trois Sikorsky S43. Le 2 décembre 1936 le premier des Sikorsky arrive à Dakar, et fait son premier courrier vers Conakry le 24 décembre. Le tronçon Dakar-Cotonou est inauguré le 1er mars 1937 vers Abidjan, puis vers Cotonou et en avril 1937 prolongée vers Pointe Noire, grâce à l’aménagement des terrains et des hydrobases. Enfin le 17 mai 1937 est inaugurée l'exploitation de la ligne côtière sur son parcours complet Dakar-Pointe Noire. Le Sikorsky S43 utilisait tantôt les pistes, tantôt les plans d’eau, la piste bitumée de Ouakam à Dakar, un terrain de latérite à Conakry, la lagune Ebrié à Abidjan, un plan d'eau à Cotonou, un terrain à Douala, l'estuaire du Gabon à Libreville, la baie du cap Lopez à Port-Gentil, une piste de 800 mètres à Pointe Noire.

Les infrastructures réalisées entre 1934 et 1940 pour cette seule ligne côtière représentaient 11 terrains principaux, 9 hydrobases principales et sept hydrobases secondaires, 50 plans d'eau de secours, 11 stations météo principales, 20 stations radio, 9 stations radio goniométrique. A la veille de la guerre, l’Aéromaritime desservait quinze territoires de cinq nationalités différentes… En 1939, cinq Sikorsky S 43 étaient en service sur la ligne côtière.
Dès le début de la guerre en septembre 1939, toutes les entreprises aériennes françaises furent réquisitionnées et placées sous le contrôle des autorités militaires, le personnel, réquisitionné, doit servir sur place.
La conclusion de l'Armistice amène la cessation de la presque totalité des activités de l'Aéromaritime et un Sikorsky qui vient d'effectuer le 170e voyage est bloqué à Abidjan.
De juin 1940 à 1943 seuls des services partiels, parfois intermittents, sont accomplis. Le 1er juillet 1943, en vertu d'une ordonnance du 19 avril signée par le Général Giraud, les éléments africains d'Air France et de l'Aéromaritime sont en partie militarisés pour la durée de la guerre.
En 1944, l'Aéromaritime est placée, comme Air France et l'ensemble des lignes aérienennes en exploitation en Afrique libérée, sous l'autorité de la Direction des Transports aériens du gouvernement provisoire du Général de Gaulle, et leurs moyens et installations situés outre-mer sont réquisitionés. Le réseau aérien français fonctionne désormais sous le nom de Réseau des lignes aériennes françaises, RAMF, qui est en fait un service du minisère de l'Air.
L'Aéromaritime disparait avec la dispersion de tous ses biens et de son personnel à l'automne 1945, ses lignes étant attribuées au Réseau des Lignes aériennes Françaises, R.L.A.F, créé le 1 janvier 1945, puis à la nouvelle Société nationale Air France qui s’y substitue.
Mais la raison sociale «Aéromaritime» subsiste en tant que personne morale, puisque son activité a toujours été considérée comme un service de la compagnie des Chargeurs Réunis, ce qui permit de créer en 1953 l’Union «Aéromaritime» de Transports, UAT.
Quel hommage rendu à ces pionniers que ce que les forestiers coloniaux avaient coutume de dire : «ici on règle nos montres sur le passage des avions de l'Aéromaritime !...»


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